Bientôt on comptera des dizaines de millions de paysans sans terre en Afrique subsaharienne

par Christian Bouquet

Résumé

Depuis qu’elle a lancé en Afrique subsaharienne la vaste entreprise dite de « sécurisation des terres » au début des années 1990, la Banque mondiale tente de substituer le droit universel de propriété individuelle de la terre à la gestion collective des parcelles paysannes, profondément inscrite dans la culture et dans les faits depuis des siècles.

Bien plus qu’une simple mutation des droits, et sous couvert de parfaite légalité, ce processus va entraîner une véritable révolution agraire, mais dans le mauvais sens du terme : les petits paysans africains vont vendre leurs champs peu compétitifs aux grands groupes agro-industriels (accaparement ou land grabbing) et se retrouver sans terre, comme en Amérique latine. Ainsi des dizaines de millions de migrants intérieurs iront grossir les bidonvilles des grandes agglomérations urbaines, accroissant l’insécurité alimentaire, sanitaire et sociale dans des pays déjà très instables.

Tant que le modèle économique des grandes plantations à haute productivité n’inclura pas dans la réalité des prix de revient le coût de cette insécurité sociale, et en attendant une réponse socioéconomique globalement pertinente, les campagnes africaines, démographiquement très chargées, risquent de devenir des territoires explosifs.

Abstract : Soon we will be counting tens of millions of landless farmers in sub-saharan Africa

Ever since big business launched in sub-saharan Africa at the beginning of the 1990s with a declaration of « security of tenure », the World Bank has attempted to substitute the universal right of individual land tenure for the collective management of peasants plots, impacting deeply on the culture and reality of centuries.

More than a simple mutation of rights, and under ostensibly sound legal protection, this process will lead to a veritable agricultural revolution but in the worse sense of the term : small-scale farmers will sell their barely competitive fields to large, landgrabbing, agro-industrial monopolies and end up with no land, as in Latin-America. Because of this tens of millions of domestic migrants will swell the numbers of already large, built-up, urban shanty towns, thus increasing food, sanitary and social insecurity in already unstable countries.

As much as the economic model of large, highly productive plantations does not include the real cost of this social insecurity, and while in the meantime waiting for a relevant global, sociology-economic response, overpopulated African countries risk becoming ticking time-bombs.

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